Ejaculation précoce : oser consulter

February 24, 2016

 

C'est le trouble sexuel masculin le plus fréquent et pourtant le moins traité. L'éjaculation précoce constitue pour les hommes, leurs partenaires et les couples concernés, une grande source de souffrance, démontre une étude récente. Pourtant, des solutions thérapeutiques existent mais trop peu d'hommes osent encore en parler et surtout, consulter.

 

« Est-ce que je vais être à la hauteur ? » La question hante les hommes qui sont atteints d'éjaculation précoce. Au point de devenir une véritable obsession, ainsi qu'une grande source d'angoisse. Perte d'estime de soi, dévalorisation, honte, culpabilité, frustration sexuelle... Pour la première fois, une étude s'est intéressée à l'impact de l'éjaculation précoce ou prématurée sur le bien-être psychologique et la vie sexuelle des hommes et de leurs partenaires. Un trouble sexuel bien plus fréquent qu'on ne le croit - un homme sur 5 serait concerné au cours de sa vie -, à l’origine d’une grande souffrance.

 

Une vie sexuelle difficile

« Les éjaculateurs précoces sont des égoïstes » ... L'idée reçue perdure. « C'est faux !, s'exclame le docteur Marie-Hélène Colson, sexologue et psychothérapeute. Ils ont le sentiment que tout leur échappe, que leur vie sexuelle est gâchée. Ils ne se sentent pas des hommes à part entière ». Atteints dans leur virilité, leur identité, ces hommes sont nombreux à souffrir de troubles de l’humeur (anxiété, dépression) et du sommeil, et ont deux fois plus de problèmes avec l'alcool que la population générale, révèle l'étude. 50% se disent inquiets pour l'avenir de leur vie sexuelle et ressentent un sentiment d’échec. Et 90% d'entre eux « ont le sentiment qu'il leur manque quelque chose ». 

 

Une grande anxiété

Pourtant, la plupart d’entre eux gardent cette souffrance en eux. Par honte, sentiment d'impuissance, difficulté à évoquer leur sexualité... Beaucoup se replient sur eux-mêmes et plus de 2/3 ne consultent pas, pensant que leur problème va « s'arranger tout seul ». « Ils développent souvent des techniques de ‘compensation’, commente Marie-Hélène Colson. Par exemple, des préliminaires plus longs pour tenter de jouir avec leur partenaire ensuite ».

D'autres ont recours à l'alcool ou même à la drogue pour diminuer le stress, ou se masturbent avant un rendez-vous... « Comme le vaginisme, l’éjaculation précoce est liée à un conditionnement anxieux. La multiplication des 'méthodes' qu'ils inventent révèle l’anxiété de ces hommes », indique la sexologue. Angoisse qui atteint son paroxysme lors des rapports sexuels. Comment ne pas éjaculer trop vite ? Comment se retenir ? Penser à autre chose ? « Toutes ces pensées précipitent souvent les choses, prévient le Dr Colson. Le danger, c'est une réduction de la sexualité à un dialogue exclusif entre l’homme et lui-même, dont la/le partenaire est exclu(e) ». Autre risque : un évitement progressif des rapports sexuels, trop frustrants, au sein des couples. Et chez les hommes célibataires, une peur de décevoir et donc de commencer une nouvelle relation.

 

Un trouble encore tabou et sous-traité

Souvent tue par les hommes concernés, l'éjaculation précoce est aussi souvent sous-diagnostiquée par les professionnels de santé, même si ceux-ci sont de plus de plus sensibilisés aux problèmes sexuels. « La sexualité est une question de santé, décrypte le professeur Pierre Costa, urologue andrologue et sexologue. Elle peut donc être abordée avec son médecin traitant ». Mais certains n’ont pas encore le réflexe d’aborder la question. « 10% seulement d’entre eux s’enquièrent de la santé sexuelle de leurs patients chroniques, alors qu’on sait que 70% ont des problèmes d’érection », déplore le Dr Colson.

Pourtant, la médecine moderne est aujourd’hui en mesure de proposer des traitements efficaces, d’autant plus importants que « l'éjaculation précoce, si elle n'est pas prise en charge, peut s’aggraver avec l'âge, souvent associée à une dysfonction érectile », prévient le professeur Costa. 

 

L’éjaculation précoce n’est pas une maladie et des solutions existent

A la différence de la dysfonction érectile, qui est le plus souvent d’origine organique, l’éjaculation précoce est un comportement, et non une maladie. Tout homme peut donc apprendre à la contrôler, notamment grâce à des traitements pharmacologiques et sexo-comportementaux. Les premiers agissent « sur la perception de l’envie d’éjaculer et permettent de débloquer la situation », explique le Dr Colson. Quant aux seconds, ils sont nécessaires pour travailler sur l’anxiété.

« Grâce aux médicaments, l'homme va éjaculer au bout de deux, trois, quatre fois plus longtemps, analyse Pierre Costa. Cela fait une vraie différence. Mais à terme, passer de 30 secondes à 1 minute 30 reste décevant. En outre, si l'éjaculation précoce peut s'améliorer, elle peut aussi revenir ». Il est donc primordial de chercher à en comprendre les causes avec un sexologue ou un thérapeute comportemental.

 

Consulter à deux

Pour les couples, consulter ensemble est recommandé. « La sexualité se fait à deux, rappelle le Dr Colson. Il n’est pas bon par exemple qu’un homme prenne des médicaments sans le dire à sa femme. Venir à deux est l'occasion de parler des problèmes sous-jacents. » L’éjaculation précoce est à l’origine de tensions et de mésententes dans 57% des couples, tant au niveau sexuel que relationnel. Pire, elle serait aussi une cause de ruptures, de divorces (22%) et de désirs d’infidélité (30%).

« Vais-je avoir du plaisir ? », « M’aime-t-il vraiment ? »… L’éjaculation précoce engendre beaucoup de souffrance chez les partenaires. Remise en question, frustration sexuelle, rancœur, baisse de désir… La moitié d’entre elles déclare avoir des difficultés à atteindre l’orgasme. Et leur attitude face aux difficultés de leur compagnon est importante. « Ce qui est terrible pour les hommes, c’est lorsque leurs partenaires veulent de la performance », explique Pierre Costa. « Parfois, les partenaires d'éjaculateurs précoces sont elles-mêmes stressées, renchérit Marie-Hélène Colson. Elles ont envie de tout contrôler dans les relations sexuelles, ont du mal à s'abandonner ou demandent à l’homme de les pénétrer rapidement ou ne pas se retirer alors qu’il sent qu’il va éjaculer. »

Son conseil ? Prendre le temps des préliminaires. « Ne pas presser son partenaire et surtout, lui laisser donner le tempo. Et garder en tête que la sexualité est d’abord un partage d’émotions, un moment de complicité. » A condition que le couple puisse en parler et brise le silence où se murent souvent les hommes atteints d’éjaculation précoce. « Chacun doit s’accepter tel qu’il est, avance Pierre Costa. L’homme notamment doit accepter sa nature et sa fragilité d’homme : en tant que tel, il n’est pas sûr d’avoir une bonne érection ou de contrôler son éjaculation. Il doit aussi faire confiance à sa partenaire pour comprendre qu’il n’est pas Superman. »

 

Source : www.psychologies.com

Photo : www.redbuzz.fr

 

Publié par BoxCom Média

 

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